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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 22:19

Marie Céhère, auteure de Brigitte Bardot, l'art de déplaire,

a répondu aux questions de Carmen Bramly pour le magazine Twenty.

Je vous propose l'interview intégrale ci-dessous avec les photos sélectionnées par le magazine.

Interview de Marie Céhère pour son livre « Brigitte Bardot, l'art de déplaire »

Brigitte Bardot : la Vénus sans la fourrure

Icône ultime pour certains, ex-muse à la dérive pour d'autres, B.B. devient sous la plume de Marie Céhère l'incarnation d'un girl-power avant-gardiste. Mais, comme dit la chanson, tant de liberté pour si peu de bonheur, est-ce que ça vaut la peine ?
 
 

* * * * * * * * *

 

Marie Céhère, 24 ans, me donne rendez-vous au café de Flore, un jeudi après-midi, pour parler de la biographie qu’elle a écrite sur Brigitte Bardot : « L'art de déplaire ». Au fil des chapitres, elle envoie balader tout soucis chronologique et livre un récit à l’image de l’icône, ou en tous cas, à l’image de sa crinière, libre et désordonné, touchant et drôle. Elle-même pourrait ressembler à une version brune de B.B., le trait juvénile et l’œil qui sourit.

Interview de Marie Céhère pour son livre « Brigitte Bardot, l'art de déplaire »

Twenty : Pourquoi Brigitte Bardot déplait-elle ?

Marie Céhère : C’est assez compliqué. Elle déplaît d’abord parce qu’elle est belle. C’est le truc qui ne passait déjà pas dans les années 50 et qui ne passe toujours pas aujourd’hui. C’est aussi parce qu’elle ne s’est jamais retenue de dire ce qu’elle pensait. Dans les années 50, elle disait vouloir vivre sa vie, faire ce qui lui plaisait, épouser qui elle voulait. Ce qu’elle dit aujourd’hui déplaît aussi, pour d’autres raisons. Moi-même, ça me met un petit peu mal à l’aise.

 

Twenty : Mais tu prends quand même vachement sa défense, non, avec un mélange d’empathie et de recul ?

Marie Céhère : J’ai l’impression qu’elle a ses raisons à elle. Tant que ça touche à la liberté de la femme, on peut comprendre et l’intégrer. Pour nous, c’est évident. Mais ce qu’elle dit depuis une dizaine d’années est plus difficile à intégrer. Il faut essayer de se mettre dans sa tête. Mon hypothèse, c’est qu’elle ne pense pas vraiment ce qu’elle dit, pas jusqu’au bout, je ne pense pas.

 

Twenty : Elle s’est quand même mariée avec un proche de Jean-Marie Le Pen, tu en penses quoi, toi ?

Marie Céhère : Oui, elle s’est mariée avec lui, c’était un ami de Jean-Marie Le Pen, mais il s’est détaché de lui. Le gros scandale, c’est surtout qu’elle a donné un entretien au journal d'extrême droite, Présent, quand elle était à fond dans sa lutte pour les animaux. Tout le monde le lui avait reproché. Pour elle, ce n’était qu’une manière de se faire entendre sur un sujet qui lui tenait à cœur. Ce n’était peut-être pas un bon calcul, mais elle voulait absolument parler des animaux. Je pense que c’est cet aspect d’elle qui met tout le monde mal à l’aise. Quelque part, c’est difficile de juger ce qu’elle dit et ce qu’elle fait. Elle est tellement extraterrestre. Elle a ses lubies, ses délires et parfois ça rentre en contradiction assez violente avec ce que sont les autres.

Interview de Marie Céhère pour son livre « Brigitte Bardot, l'art de déplaire »

Twenty : Est-ce que tu penses que la femme parfaite en 2016 est l’opposée de B.B. ?

Marie Céhère : Dans les magazines, on essaie de nous faire croire qu’il faut être la femme totale : la mère, la maîtresse, l’entrepreneuse… tout en même temps, et à la perfection. Il faut être tout… mais j’ai plutôt l’impression que les filles ont plus envie d’être B.B. et de faire ce qu’elles veulent et d’emmerder tout le monde.

 

Twenty : Mais elle faisait vraiment ce qu’elle voulait ?

Marie Céhère : Oui, mais elle a eu du mal. B.B. venait d’un milieu très conservateur et bourgeois. C’était très compliqué pour elle. Elle a fait des tentatives de suicides, des dépressions à répétition. Elle a avorté au moment où c’était encore interdit, avec un cintre. Elle en a payé le prix, mais elle faisait vraiment ce qu’elle voulait, même si elle vivait dans un petit appartement bourgeois.

 

Twenty : Selon toi, B.B. nous a laissé quoi comme héritage ?

Marie Céhère : Le droit de pouvoir dire : « Je m’en fous », le droit de pouvoir coucher avec qui on veut, le droit de pouvoir changer d’avis, de ne pas vouloir d’enfant, le droit ne pas être parfaite. Paradoxalement, elle est physiquement parfaite, mais c’est le contraire de la femme parfaite, de la working girl, de la fille qui fait du yoga et mange des légumes… elle s’en fout de tout et c’est important de s’en foutre.

 

Twenty : Et tu ne penses pas que l’image de la femme-enfant est aujourd’hui en déclin ?

Marie Céhère : C’est vrai qu’elle a joué sur ce côté femme-enfant jusqu’à la fin de sa carrière. Quand elle a arrêté de jouer, c’était surtout parce que son physique ne suivait plus. La femme-enfant, c’est dangereux. Elle doute, elle ne sait pas, fait des caprices, elle est complexée, elle pleure. J’ai l’impression que ça ne rentre pas trop dans l’idéal du couple qu’on essaie de nous faire avaler aujourd’hui.

Interview de Marie Céhère pour son livre « Brigitte Bardot, l'art de déplaire »

Twenty : C’est parce que la femme-enfant n’est pas fonctionnelle, alors qu’aujourd’hui, tout doit être fonctionnel ?

Marie Céhère : Elle est ingérable. Vadim raconte une sortie chez Maxim’s, où elle a fait la gueule pendant des heures, s’est saoulée et a pleuré parce qu’elle se trouvait laide. Aujourd’hui, ce n’est pas le genre d'attitude qu'on valorise.

 

Twenty : Est-ce que c’est elle qui nous a autorisées à avoir des complexes ?

Marie Céhère : Avant elle, j’ai l’impression que les femmes étaient vraiment des objets. Au cinéma, c’étaient des figures plâtrées de maquillage, des figures qui n’existent même pas dans la vie. En dehors, chacune était dans sa classe sociale, dans son rôle. Le regard de la femme sur son propre corps n’avait pas lieu d’être. B.B., elle, se regarde des heures dans la glace et se trouve laide. On s’est mises à se regarder dans la glace, avec elle, jusqu’à des extrêmes.

 

Twenty : Tu as pris le parti de la confondre avec ses rôles, comme s’il n’y avait aucune dissociation possible. B.B dans la vie et à l’écran, c’est la même ?

Marie Céhère : Au départ, j’avais l’intention de ne parler que de la femme, mais elle, dès son premier film, où elle avait 15 ans, elle est déjà elle-même. Dans tous ses films, c'est elle. C’est soit elle, sublimée, soit une partie d’elle, et j’ai l’impression que c’est dur pour un metteur en scène de la faire jouer. Elle ne peut jouer que B.B. D’ailleurs, je trouve que c’est une bonne actrice dans la mesure où elle ne se laisse pas déborder par elle-même. Après, elle s’auto-interprète, ce n’est pas une actrice dans le sens où elle n’interprète pas autre chose qu’elle-même. D’ailleurs, c’est ce qu’elle a dit à propos de Et Dieu... créa la Femme : « Dans ce film, je ne joue pas, je suis ».

Interview de Marie Céhère pour son livre « Brigitte Bardot, l'art de déplaire »

Twenty : B.B. c’est la transgression, à tous les points de vue, même en tant qu’actrice qui refuse d’en être une… Ce serait quoi pour toi la transgression à la B.B. en 2016 ?

Marie Céhère : On nous fait croire que tout est transgressif, mais on a le droit de rien et il y a des codes partout, des étiquettes qu’on nous colle, on nous demande de faire un choix, un seul. B.B. s’en foutait des codes. Elle ne faisait pas un choix, mais plein de choix, tout le temps, tous les jours. Aujourd’hui, le droit d’être soi-même c’est hyper transgressif. Quand j’ai parlé à son mari, il m’a dit que pour lui, B.B. c’est la liberté.

 

Twenty : Bon, et pourquoi t’être intéressée à elle ? Qu’est-ce qui fait qu’à 24 ans on a envie d’écrire une biographie de B.B. ?

Marie Céhère : Aujourd’hui, nous sommes beaucoup entourés de femmes. En tant que jeune femme, tout juste lancée dans la vie, je me suis demandée qui pouvait être un modèle féminin. A quoi est-ce qu’on aurait envie de ressembler ? C’est fini l’époque où toutes les filles voulaient être Madonna, faire des trucs subversifs. Aujourd’hui elles veulent dominer, imposer leur liberté. Je me suis dit que nous avions peut-être besoin d’un modèle de femme libre, qui nous autorise à ne pas avoir d’enfant, à ne pas faire de footing, à ne pas faire de yoga, à ne pas faire de grande carrière, à coucher avec qui on veut, à divorcer, en s’assumant et sans avoir de compte à rendre aux autres. Tout en étant soumise à sa propre moralité. Au final, c’est peut-être important de se rappeler que dans les années 50, une fille a fait ce que lui dictait sa conscience.

 

Twenty : Tu te retrouves dans ton sujet ?

Marie Céhère : C’est marrant mais, depuis que le livre est sorti, on me dit que ce n’est pas B.B., mais que c’est moi que je décris. Ce n’est pas un faux autoportrait, c’est juste que dans mon parcours, j’ai fait tout et n’importe quoi, j’ai fait ce que je voulais. Il faut se poser la question de savoir si on fait les choses pour soi ou parce qu’on se sent obligée de les faire. Une femme qui ne veut pas d’enfant aujourd’hui est encore considérée comme égoïste ou légère. Je la trouve forte, dans cet aspect-là de sa personnalité.

Interview de Marie Céhère pour son livre « Brigitte Bardot, l'art de déplaire »

Twenty : Comment tu as fait pour te mettre dans la tête de B.B. ?

Marie Céhère : Il y a plein de biographies sur elle, mais peu de gens se sont arrêtés à ce qu’elle a écrit, deux énormes volumes sur sa vie et un livre où elle dit des choses plus ou moins ordurières. Il y a des chapitres où elle tient un discours politique d’une violence extrême. En revanche, c’est assez intéressant tout ce qu’elle dit sur les femmes. Pour elle, une femme ne doit pas singer l’homme. On doit jouer avec ses armes. Elle veut être une femme qui domine, en tant que femme. Je l’imagine écrire ça et penser : « Mais qu’ils aillent se faire foutre ». C’est tout à coup la femme qui se lâche. On n’est pas obligé d’être digne. Elle n’a pas d’âge. Elle est rafraichissante, même à 80 ans.

 

Twenty : Tu parles avec une grande tendresse de sa vieillesse et de sa manière de vieillir. Tu envisages comment la vieillesse, toi ?

Marie Céhère : Je la trouve courageuse de vieillir, de refuser de se faire un lifting, de ne pas mettre de crème hydratante. Personnellement, je m’en tartine. J’ai très peur de vieillir. Je regarde si j’ai des rides. Peut-être qu’on a tort d’avoir peur, que cette peur nous est imposée, par la pub et par les icônes, qui à 40 ans n’ont pas une ride. Personne ne vieillit, à la télé ou au cinéma. C’est vrai que pour les actrices, peu d'entre elles passent le cap de la vieillesse. Pour le commun des mortels, c’est compliqué d’envisager la vieillesse. On a l’impression que notre mec ne nous aimera plus, qu’on aura plus de boulot, qu’on deviendra laide et rejetée. J’admire qu’elle gâche ce qu’il reste de sa beauté en travaillant dans la merde et en soulevant des croquettes pour chien, en ne se coiffant pas. Je me dis : « Waouh, j’aimerais avoir le courage de me voir vieillir, de changer de vie ». Peut-être qu’il faut changer de vie et ne pas s’accrocher à ce qu’on faisait quand on était jeune. Elle pose la question de comment vieillir, sans se l’être posée, bien entendu.

 

Twenty : Beaucoup de femmes écrivains prennent la défense de B.B., tu te places dans cette lignée, tu comprends cette fascination ?

Marie Céhère : C’est peut-être une particularité de la femme écrivain, dans le sens où, en tous cas à l’époque de Françoise Sagan et Marguerite Yourcenar, il y avait encore Simone de Beauvoir, et c’était peut-être plus dur pour une femme d’être écrivain. C’était encore un métier d’homme. Elles voulaient se retrouver, se réunir. Avec B.B., c’était tellement fort le girl power. Et puis, une femme écrivain peut avoir envie de compléter B.B., parce qu’elle représente avant tout la beauté mais qu'elle, a les mots pour la dire.

 

Twenty : Tu as rencontré B.B. ?

Marie Céhère : Non. Pendant que j’écrivais le livre, je préférais être loin. J’avais peur qu’elle me censure. Après, j’ai envoyé le livre à son mari et il m’a dit qu’elle avait du mal à revenir sur son passé. Tout ce qui l’intéresse c’est les animaux. Maintenant, je pense qu’il serait intéressant de la rencontrer, mais je ne suis pas certaine qu’elle soit disposée à parler de toutes ces choses.  

 

(Propos recueillis par Carmen Bramly, 21 ans, romancière mais aussi entrepreneuse.)

Interview de Marie Céhère pour son livre « Brigitte Bardot, l'art de déplaire »

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Je vous invite à (re)découvrir mon article publié lors de la parution du livre de Marie Céhère (lien ci-dessous).

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Publié par François Bagnaud - dans Actualités de Brigitte BARDOT
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  • Collaborateur littéraire depuis 1996, j'ai participé à 59 livres à ce jour. Je travaille actuellement sur 2 livres inédits sur B.B. :  avec Alain Wodrascka (fin août 2017) et avec Dominique Choulant (octobre 2017).
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