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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 15:59

L’engagement de Barbara contre le sida

 

 

C’est une belle interview de Barbara (réalisée en 1989) que le site Yagg vient de publier.

La merveilleuse et inoubliable artiste avait répondu aux questions de Gai Pied, le célèbre magazine gay des années 1979 à 1992.

Barbara s’exprime sur le sida, un fléau qu’elle combattra dès le début.

En chanson (Sid’amour), en visitant des malades dans les hôpitaux, en organisant des concerts dans les prisons, en laissant une ligne téléphonique ouverte jour et nuit pour les personnes atteintes de cette maladie, en distribuant des préservatifs lors de ses spectacles et en proclamant toujours : « Préservez-vous ! ».

Oui, vraiment une très grande dame que j’admire depuis l’âge de 13 ans…

 

(Merci à mon ami Didier B. pour cette information.)

Barbara à L'Olympia (du 4 au 17 février 1969). DR.

Barbara à L'Olympia (du 4 au 17 février 1969). DR.

* * * * * * * *

 

Interview réalisée par Pablo Rouy pour le magazine Gai Pied n° 398 du 14 au 20 décembre 1989.

 

 

Barbara se consacre, depuis un an, à la lutte contre le sida. 

En exclusivité pour Gai Pied, la chanteuse nous livre son expérience dans les hôpitaux et dans les prisons.

 

Barbara, pourquoi avez-vous choisi cette cause ?

Il ne s’agit pas d’une cause. Au départ, je me suis mise en marche à petits pas pour aller vers les autres. J‘ai écrit la chanson Sid’amour parce que j’étais bouleversée par cette maladie. On ne peut pas chanter « Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous » et ne pas agir. J’ai tellement parlé d’amour, qu’il m’a paru évident que je devais être là. Mon message est clair : « Je vous aime. Préservez-vous. » Chacun doit parler avec ses propres mots pour être entendu. Moi, je ne suis ni une femme médiatique, ni une récolteuse de fonds, ni une organisatrice de galas. Je n’ai pas ces talents. Les associations, c’est pas mon truc, les colloques encore moins. Je préfère faire un travail de taupe plus discret ; dialoguer avec les gens, les accompagner, briser leur solitude.

 

Certains vous ont accusée d’être morbide. Que répondez-vous ? 

Enfin, Pablo, tu me connais ! Je suis une femme très joyeuse, très vivante… Il faut aimer passionnément la vie pour accompagner les malades. C’est par horreur de la mort, par amour de la vie et par amour de l’amour que je mène ces actions.

 

Comment avez-vous procédé à vos débuts ? 

Au départ, avec ma chanson, je voulais des clips d’information. Mais je n’ai pas réussi à faire bouger la machine administrative, qui est vraiment trop lourde et trop lente. Ainsi, je n’ai pas pu entrer dans les lycées. J’ai donc suivi une formation avec des médecins, comme le docteur Didier Jayle. J’ai rencontré beaucoup de gens avant que les choses n’aboutissent. C’est Jacques Attali qui m’a beaucoup aidée à ouvrir des portes. Je vais très discrètement dans un service hospitalier une fois par semaine depuis onze mois.

 

Qu’avez-vous découvert ? 

Au départ, j’ai trouvé des malades complètement culpabilisés à cause de cette prétendue maladie du siècle, mais aussi parce qu’ils pensaient avoir contaminé d’autres gens… Des malades abandonnés ou rejetés par la peur… Des malades qui mouraient dans la dignité et sans aucune plainte. J’ai assisté à une chose exemplaire : une immense solidarité et une immense tendresse de la part des compagnons d’homosexuels qui accompagnaient leur ami jusqu‘à la fin. Au bout de quatre, cinq mois, j’ai commencé à rencontrer davantage les familles. Beaucoup de mères et peu de pères. Il est difficile pour les parents d’apprendre à la fois l’homosexualité de leur fils et sa maladie. Pourquoi ces gens ne venaient-ils pas ? Parce que les messages d’information n’ont pas été compris.

 

Comment se comporte le personnel hospitalier ? 

Je t’assure que le personnel soignant ne sait pas comment se transmet le virus ! Que ce soit des infirmières, des aides-soignantes ou même certains médecins généralistes. Si la plupart des infirmières sont dévouées, compétentes et généreuses, elles ne sont pas assez nombreuses et ne peuvent pallier toutes les insuffisances. C‘est un problème très grave. C’est vrai qu’il existe encore une homophobie importante que j’ai apprise par certains malades, hélas partis dans la colère et le désespoir. Je ne veux pas parler d’exclusion mais de malades non acceptés. Sans doute encore à cause de la méconnaissance totale du mode de transmission du virus. Une partie du personnel oblige encore le malade à se changer lui-même quand il a une diarrhée, et se refuse à le toucher. Pourtant, quand quelqu’un gît gravement malade dans un lit, la première chose qu’il souhaite c’est qu’on le touche. Je trouve insupportable que la prévention ne soit pas encore passée dans le milieu hospitalier.

Barbara à Pantin, le 21 novembre 1981. (© Michèle Roure).

Barbara à Pantin, le 21 novembre 1981. (© Michèle Roure).

Et dans les prisons ? 

Il est très difficile d’en sortir, mais il est également très dur d’y entrer. La prison est une société qui se reconstruit dans la société. Ainsi, les problèmes sont les mêmes. Oui, la drogue passe en prison. Les détenus le disent, les gardiens aussi. On a nié très longtemps également l’homosexualité. Elle existe, bien sûr, soit comme homosexualité de circonstance, soit naturellement. On a donc nié les homosexuels et on les a rejetés. Un certain machisme règne dans ces établissements, ce qui explique que beaucoup de détenus aient peur d’être reconnus comme homos par crainte de représailles dans leur cellule. C’est la raison pour laquelle les prisonniers ne demandent pas de préservatifs, et les homosexuels ne disent pas qu’ils sont malades. À part quelques prisons pilotes, l’information sur le sida n’est pas du tout passée. En ce qui concerne les remises de peine pour les détenus malades, cela dépend du juge. Il est plus difficile d’en bénéficier quand on est condamné que prévenu. Quant à la détention en prison chez les femmes, c‘est une chose abominable dont personne ne parle. Elles sont seules, isolées, pas du tout informées. Par exemple, des mères toxicomanes séropositives ayant des bébés ne savent pas qu’elles prennent des risques en les allaitant. Et mon rôle là-dedans? Accompagnée d’un médecin, je vais chanter avec un piano pour que ma chanson serve de dialogue. On m’avait dit au ministère que personne ne poserait de questions. Je suis désolée, mais les détenus posent des questions et se rendent compte que la maladie touche aussi les femmes et les enfants. Je dois dire que la Fondation France-Libertés de Danielle Mitterrand finance mes voyages, car les associations de prisonniers n’ont pas du tout d’argent. En fait, la prison c’est le Moyen Âge. Et encore, je suis allée dans des prisons pilotes.

 

Que pensez-vous des informations télévisées sur la prévention ? 

C’est beaucoup trop soft ! Et puis cet argent consacré aux spots devrait être employé pour d’autres actions : l’aide aux malades ou aux gens sans ressources. Comment se fait-il que la télévision ne puisse pas donner des temps gratuits pour ces annonces ? Cela me paraît démentiel ! Je suis pour une information beaucoup plus quotidienne sur le sida. Il faut montrer les pratiques sexuelles d’une façon jolie, romantique, pas agressive pour ne pas abîmer l’amour. Et nous dire ce qu’on peut faire ou ne pas faire. Par exemple sur la fellation, le baiser profond, personne n’en parle, personne n’est d’accord. Si les gens étaient informés, ils iraient se faire dépister. Je suis pour un dépistage anonyme, gratuit et volontaire pour responsabiliser les gens et leur permettre de juguler très vite les infections opportunistes s’ils sont atteints. La télévision devrait informer sur les centres de dépistage.

 

Que pensez-vous d’Act Up ? 

Oui, « silence = mort ». Je suis une femme en colère et « colère = vie ». Il faut parler d’une façon belle et dire la vérité.

 

Arrêtez-vous vos actions ? 

Non, je continue.

 

Merci Barbara et chapeau bas.

 

Interview de Barbara pour le magazine « Gai Pied » en 1989

* * * * * * * *

 

Je profite de cet article pour vous présenter (de nouveau) L’amant des nuits d’absence, le premier roman gay de Fabien Borel (auquel j’ai collaboré) et qui raconte une passion d’amour dans laquelle le sida est présent en filigrane. Avec de nombreuses références à Barbara que l’auteur (tout comme moi) admire depuis toujours. 

Petit clin d’œil... (Merci à mon ami Joël A.)

Petit clin d’œil... (Merci à mon ami Joël A.)

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Pour tout savoir sur cet ouvrage, je vous invite à (re)lire mon article de présentation (lien ci-dessous) : 

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Publié par François BAGNAUD - dans BARBARA
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  • François Bagnaud
  • Collaborateur littéraire depuis 1996, j'ai participé à 59 livres à ce jour. Je travaille actuellement sur 2 livres inédits sur B.B. :  avec Alain Wodrascka (28 septembre 2017) et avec Dominique Choulant (25 octobre 2017).
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